un petit rapace
Les jours rallongent, les matins sont frais, je recommence a prendre le chemin de la nature. Première sortie, un contact avec un ami, une coche ornitho et photo! Jamais je n'aurais cru trouver cet oiseau près de chez moi. Il en est donné deux, voire trois en BRETAGNE, plus a l'ouest. Depuis combien de temps est-il là? A sa vue, c'est une émotion, et après approche à distance et déclenchement, c'en est une autre bien plus grande. Ma curiosité et mon coté naturaliste, m'ont fait fouiller les livres, guides, le net et autres...pour savoir! Le lendemain matin je suis sur le terrain, est-il encore là? Après de longs et délicats déplacements, d'innombrables ''coups de jumelles'', je le vois perché sur un rejet, calme, au soleil par ce temps glacial. Comment l'aborder, il se toilette, s'ébroue, scrute le sol, le ciel. Sa blancheur dominante le fait repérer facilement. Un rapace en miniature, un bec crochu, une Pie Grièche Grise ( lanius excubitor ).
Mon envie de la photographier, un grand respect de l'animal, le désir de ne surtout pas la déranger en cette période hivernale et de remontée prénuptiale, voilà, il faut composer avec à présent. Sur cette surface d'une vingtaine d'hectares, rase, il est un buisson de lande ( ulex europaeus ) qui va me servir de cache d'observation les premiers jours. Sous un filet de camouflage, je passe des heures a la contempler sans la déranger. Elle passe la majeure partie de son temps en affut, sur des rejets, observant le sol, le ciel. En cette période les rapaces volent, certains commencent a parader. A la simple vue de l'autour, du busard St Martin, du faucon crécerelle, elle descends dans la végétation. Le passage d'un épervier ne la fera pas bouger! la buse non plus. De quoi peut-elle se nourrir en cette période? A une certaine heure, le soleil ayant réchauffé une zone, elle se mets a chasser. Les lézards vivipares sont les plus ''taxés'', suivent les bousiers et minotaures. Et probablement des insectes consommés directement au sol. Une mésange bleue ou un pinson venus l'invectiver, la font soit bondir et essayer de l'attraper sans succès, ou alors rester indifférente. Après analyse de ces quelques comportements, je décide de tenter l'approche. Raisonnée, car rien ne justifie de l'interrompre en cette période critique. C'est derrière mon trépied surmonté du téléobjectif recouvert d'un filet de camouflage que je tente ma chance. Pas de gestes brusques, de petits pas dans sa direction, des arrêts fréquents...Et ça marche, je réussi a l'approcher suffisamment pour en faire de beaux portraits, avec un multiplicateur de focale bien sur. Je l'aurais côtoyée a 10mètres, et mon plus grand bonheur est de ne l'avoir jamais dérangée, faite s'envoler, quitter son poste d'affut. Tout cela a duré trois semaines, matins et après midi, du bonheur, je ''faisais partie des meubles''. Ce qu'elle n'aimait pas c'était les très rares promeneurs en cette période, ainsi que les forestiers arrivant au travail. Cela la faisait reculer de quelques centaines de mètres.
A présent qu'elle est partie vers d'autres cieux perpétuer son espèce, j'ai hâte de la rechercher l'hiver prochain. Peut être sans succès! Un déplacement en Auvergne, m'a fait en découvrir quatre couples nicheurs. J'en ai hélas pas rapporté de photos, mais ai pu faire d'excellentes observations de comportements.
De ces instants vécus auprès de l'oiseau, j'en ai conclus que sa nourriture en période hivernale était principalement des lézards vivipares et coléoptères, et en période estivale, des grillons, bourdons, coléoptères, micro-mammifères et lombrics en période pluvieuse. Les lézards sont avalés en entier après mise a mort, les coléoptères sont dépouillés des élytres. Les excédents de chasse sont empalés sur des barbelés, épines ou autres brindilles acérées. Leur consommation intervient dans les heures, voire les jours suivants, selon la météo.
Le pies grièches sont de magnifiques oiseaux, rapaces en miniature, avec un plumage d'une rare beauté. Leur disparition est due en partie aux changements de paysages, les friches devenant plus rares.
©CHARPENTIER JF août 2011
histoire autour l'écureuil
10h30, je remonte doucement à ma voiture. Le soleil a enfin dispersé cette épaisse nappe de brume et, à cette heure, plus aucun animal ne bouge. Ou plutôt si.
Je marche courbé sous mon lourd équipement, lentement. Sur le sol de l'allée forestière, juste à ma gauche, passe une ombre de rapace, rapide, les ailes à demies refermées. Au même moment un cri d'écureuil, d'alerte, d'effroi. Dans ma tête ça fait" tilt": l'autour des palombes. Je lève les yeux vers un pin maritime pour y voir un écureuil descendre au long le tronc à une vitesse jamais vue. Puis, suit le rapace, ailes refermées, tête en bas. Il se laisse fondre sur sa proie. Dans sa descente il brise une branche morte du résineux. L'ensemble disparait dans les fougères. Impossible d'y voir quelque chose. Tout cela se passe à 15 mètres de moi. Je pose le matériel délicatement. C'est le silence. Pas de cri ni de lutte. Je me saisi d'un boitier au cas ou. Le rapace sort sur l'allée, me voit, pousse lui aussi un cri d'effroi, surpris? Il rentre en sous bois et je constate la présence de l'écureuil dans ses serres. Lui qui est si agile dans les arbres vient de trouver plus fort.
Bien sur pas de photo, mais quelle observation, quel "instant sauvage" . Très bref (moins d'une minute ).
Deux heures avant je photographiais une martre des pins, "au saut de l'allée". Elle aussi est prédatrice de l'écureuil. Mais le danger qui menace actuellement notre "petit rouquin", est....un cousin à lui, importé dans les animalerie et relâché par quelques inconscients. L'écureuil gris. Il a proliféré, très rapidement au point d'être déjà en France. Pas encore signalé en Bretagne. A court termes il prends sa niche écologique et c'en sera fini de notre symbole d'épargnant.
Cette scène de vie sauvage que je viens de vivre, est tout ce qu'il y a de naturel. Le prédateur chasse pour se nourrir. Jamais il ne fera disparaitre une espèce. Il s'en prends au plus faible, probablement un jeune écureuil sans expérience.
Il y a cinq ans, j'avais trouvé des poils d'écureuil sur un poste de plumée que j'attribuais à l'autour. Il y a trois ans, j'observais un cadavre d'écureuil sur une aire d'autour, près des jeunes. Aujourd'hui j'ai vu et constaté. Pas de photo, mais un intense "instant sauvage".
©CHARPENTIER JF août 2009
une journée de brame mémorable
Ce 21 septembre, au cœur du brame, je suis évidemment tôt sur le terrain. Il ne fait pas jour, le ciel est dégagé, la fraîcheur s'est accentuée et il devrait y avoir un petit brouillard à l'aube. Je suis "planté" au milieu d'une allée, j'écoute. Superbe concert, au moins 7 cerfs se "causent" sur le secteur. Si je ne suis pas dérangé, ce sera du bonheur. Les premières lueurs pointent, les raires s'espacent. Seul un cerf est un peu plus "causant", là, sur la prairie, à 200metres .Inutile de bouger, je n'ai pas suffisamment de lumière. Patience. Le froid commence à se faire sentir, je ramasse une onglée. Je mesure la lumière, le télé est monté sur le trépied, je me masque. Puis vient le départ, l'avance en silence, pas une brindille ne doit craquer sous les pieds. Je suis en vue de la prairie, je pose l'imposant montage (environ 10kgs), et attends. La bas , au fond, un jeune cerf qui ne dit rien. Je ne bouge pas. Il s'écarte précipitamment et disparaît pour faire place à une biche suivie du cerf. Il n'est pas imposant, mais semble être le maître de place ce matin. Il brame, défiant les éventuels concurrents d'approcher. Il suit la biche qui se mets à brouter comme si de rien n'était, mais elle est en chaleur pour le mettre dans cet état. Et c'est elle la maîtresse du jeu. Elle acceptera l'accouplement quand elle voudra, à mon avis dans la journée. Mais ou? Quand?.... Le cerf repousse violemment un prétendant invisible dans le sous bois. Puis le couple disparaît. J'attends un long moment avant de bouger, au cas ou ils reviendraient. Peine perdue. Il me reste à faire une ballade en foret, à cette époque une rencontre n'est pas exclue. Et visiblement ce matin je suis seul sur le secteur. Le soleil commence à chauffer de ses rayons de fin septembre, durs et paisibles à la fois. Avec précautions, j'aborde un carrefour, à droite s'étend une bande d'herbe, étroite mais longue. Justement au fond, à 300 mètres, deux jeunes cerfs se nourrissent calmement. Je me colle contre la végétation, sous un filet. Ils approchent doucement au fil de leur dégustation, mais pas assez près. J'avance donc, à petits pas, de trente mètres. J'ai le vent et ils ne m'ont pas repéré. Soudain le plus fort provoque le jeune de sa ramure. L'esprit est combatif ces temps ci. Ils sont tête à tête, les bois entremêlés, comme leurs aînés, mais pas avec la même puissance ni le même but. Ils se remettent à brouter et avancent doucement vers moi. Je ne bouge plus. Un autre simulacre de combat reprends pour quelques minutes. Il y en aura trois autres et approcheront à environ 80 mètres de l'objectif. Je me régale à déclencher, et je ne suis pas encore repéré. Ils vont finalement rentrer dans une sapinière calmement. Après avoir photographié un maître de place à bramer, voici le second vœux: un combat, pas un vrai certes, mais de jour sur un gagnage. Le soleil est déjà haut, voilé par cette brume qui tarde à s'élever. Je décide de rentrer.
Je suis de retour sur le terrain vers 16 h. Je m'installe au pied d'un chêne , dans l'angle de la prairie de ce matin, à l'ombre, et décidé d'y rester jusque la nuit. La longue attente commence. Un livre m'accompagne toujours, je m'y plonge. 17 heure, je lève régulièrement la tête et là, sur le milieu de la prairie: un cerf. Je n'ai rien entendu, quelle discrétion pour leur 150kgs Il m'est passé à 30mètres, je connais les sentiers. Je le cadre doucement, trop près. Je déclenche quand il est sur le point de rentrer dans la sapinière. L'attente reprends. Un faon sort un peu plus tard, suivi de sa mère. Il la tète. Son frère de l'an passé sort à son tour. Le trio familial, qui se mets à brouter cette herbe pas tendre à cette saison. Puis ils rentrent à leur tour en sous bois. Il se fait tard, des nuages arrivent de l'ouest, menaçants. Un brame se fait entendre dans les jeunes sapins. Une biche en sort aussitôt suivie d'un cerf. Je le reconnais, c'est celui de ce matin, il a un V renversé sur le dos signe d'une grosse blessure cicatrisée. Il est excité, brame, court en tous sens, suit la biche qui essaie de se nourrir. Soudain celle ci s'immobilise, voûte le dos. Elle est consentante. Le cerf s'ajuste et d'un coup violent, bestial, la sailli. Elle reste quelques instants comme "sonnée". Ils échangent uns sorte de câlin et le jeu de l'amour reprends. Il va la saillir une seconde fois. J'en ai plein les yeux, pour une première fois que j'assiste à cela. J'en ai fait des photos, de piètre qualité car je n'ai presque plus de lumière. Quelques gouttes tombent, je décide de rentrer et disparaît par mon petit sentier habituel, sans les déranger, les abandonnant à leurs amours pour perpétuer l'espèce.
Ainsi s'achève ma plus belle journée de brame depuis tant d'années. J'ai vécu mon rêve, le cerf avec la biche bramant sous les chênes, un symbole, un combat et la saillie.
Au fait , j'étais seul aujourd'hui, ça compte la tranquillité.
©CHARPENTIER JF septembre 2007
la dernière
©CHARPENTIER JF MAI 2009
photo...
...ratée. Quelques heures caché à contempler un poteau de clôture espérant y voir se poser le crécerelle du secteur. Des chants de coucous aux alentours, le cris d'une femelle. Puis c'est le mâle qui se pose, là, devant moi, en travers. Je déclenche, une fois, il repart à suivre sa compagne que je n'ai vu, mais qui doit ausculter tous les ajoncs à la quête de nids. Belle surprise et je suis tombé dans le piège, ma mise au point était faite sur le poteau....... donc flou général et ailes coupées. Il faut toujours être attentif et prêt à tout en affût.
©CHARPENTIER JF AVRIL 2009
le renard et la chevrette
16 août 2007.
Je n'ai rien fait en photo cet été, et ce soir là une envie de sortir quand même m'apporte un excellent souvenir. Il est 20h30, le soleil est déjà bas et je me poste dans l'angle d'un chaume. Trépied avec télé, siège et filet de camouflage. Une légère brise d'ouest me favorise. Pas de préparation, de l'improvisation. Devant moi un chaume avec trois roundballers. Le plus à gauche est à environ 3 mètres du maïs. En fond un autre maïs.Une fois de plus l'attente commence. Pas bien longtemps, entre la balle de paille et le maïs, à gauche, deux oreilles dépassent du chaume. J'y reconnais celles d'un renard. Un goupil couché, là, à 100m!!! Le soleil baisse encore, l'ombre de la foret toute proche, recouvre doucement la scène. Soudain, dans l'angle devant le compère assoupi, surgit une chevrette. Elle se nourrit tranquillement en avançant vers moi, nous. Les oreilles du renard ne sont pas inertes, elles se relèvent doucement, fixant ce bel animal soucieux de sa nourriture. Quelle réaction va-t-il y avoir? Je déclenche, et m'apprête à poursuivre. Elle m'a entendue, se fige. Quelques instants et elle reprends son repas, s'avance doucement vers le renard. Elle s'arrête brusquement, fixant le renard qui a la tête franchement relevée. Quel face à face! Que va-t-il se passer? Je m'attends à tout, sauf que je n'ai plus beaucoup de lumière. Si on écoute ce qui se dit ici, dans ma campagne, les renards s'attaquent à tout. Je m'attends donc au pire, un combat sanglant à la fin du quel, la chevrette succombe sous la dent du féroce goupil! Il n'en est rien. L'élégante, d'un soubresaut, disparaît derrière la balle de paille. Le compère fait de même en sens inverse, chacun de son coté. Cela donne évidemment un face à face qui fait que ce dernier fait demi tour, la chevrette le suit. Elle s'est prise à un jeu. Ils tournent plusieurs fois jusqu'à ce que je ne vois plus de renard dans le viseur (car je photographie bien sur). Je reste un moment interrogé en fixant la réaction de la chèvre. Soudain, qui apparaît sur la balle de paille? Le renard, il est grimpé dessus et regarde sa camarade de jeux d'un air narquois. Elle s'est arrêtée et viens de le voir. Le jeu est terminé, cette dernière s'éloigne doucement en mangeant quelques feuilles trouvées entre les rangs de céréales.
Renard, à son tour descends, trottine jusqu'au prochain roundballer et y grimpe. Etirements, bâillement, grattage, tout ce qu'il n'a pas eu le temps de faire à cause de ce réveil hors normes. Puis d'un bond se retrouve à terre, et, là, commence sa vraie "journée", se nourrir. Il mulote tranquillement, de ci de là, s'éloigne de moi, puis reviens au gré des effluves de ces micro-mammifères perdus car n'aillant plus de couvert végétal.
La lumière est bien basse, les photos auront du grain. Tant pis, la scène valait le coup d'être vue pour témoigner. J'aurais préféré avoir un camescope.... La quête du "monstre "s'arètera à 6 mètres de moi, contemplant cette forme verte avec une grosse lentille. Je n'aurais que la tète du renard, un portrait... offert.
On dit pourtant que ces "nuisibles" mangent tout, qu'il n'y a plus rien dans les campagne par leur faute...enfin quand on veut tuer son cheval, on le dit boiteux! Mais j'ai la preuve du contraire.
©CHARPENTIER JF
instants extraordinaires avec un épervier
Cet après midi d'avril 2008, je partais à la légère mais chargé de tout le matériel photo. Direction: la prospection. Au détours d'un chemin d'exploitation, je suis attiré par un attroupement anormal d'oiseaux. Des corneilles entourent deux oiseaux qui semblent se battre. Je range ma voiture de façon a avoir le soleil dans le dos et observe. Un pigeon (de clochers), est aux prises avec un rapace; ça se plume sérieux. Que faire alors que j'ai tout ce qu'il me faut sur la banquette arrière? Je tente par la portière une photo au 500: un peu petits les "piafs", même en y ajoutant le x1,4. Je ne veut pas troubler la scène mais en profiter pleinement. Tant pis, j'essaie les photos. J'ouvre la porte et sort avec le premier trépied venu, le plus léger, celui qui me sert à la macro. Photo, rien ne bouge, le combat continue. Un duel à mort devant "huissiers" en costume noir. Ceux ci reculent alors que je me rapproche de quelques mètres. Je suis bien à 80m de l'action. Les plumes partent avec la légère brise, les miettes de terre volent. Le rapace ne lâche pas prise, il tient la proie par une serre, derrière la tête. Les combattants sont sensiblement de même taille, mais la femelle épervier a la technique, et de plus doit être affamée pour attaquer un pigeon. Généralement elle ne se nourrit que de passereaux. Je me rapproche lentement, par 20-30cm, en levant le matériel et me cachant derrière. Car je n'ai pas pris de filet de camouflage, ni bien évidemment mes cartes mémoire de rechange. Cela semblait si improbable. Et pourtant j'en efface des fichiers, au fur et à mesure de mon avance, la carte de 2G° est vite saturée. Cela fait une demi heure que je suis en approche, assis sur la terre fraîche ensemencée de pois fourrager. Le pigeon s'est rendu, déjà a demi dévoré sur le dos. Le rapace le plume, inquiet des corneilles maintenant éloignées, et regarde souvent le ciel. Je n'en reviens toujours pas , une situation comme celle ci ne se prépare pas et je suis là, à moins de 30m, avec une carte saturée, un dos douloureux et seul devant un des plus beaux spectacles de nature qui m'ait été donné de voir. Je n'en reviens toujours pas. Après une heure d'intenses émotions, l'oiseau s'envole, dérangé par un véhicule qui, ayant vu quelque chose d'anormal sur le champ, s'est arrêté... Je regarde l'échelle des distances sur le télé: entre 25 et 30m. Je me relève ankylosé, et après avoir vérifié que ce pigeon n'ai pas de bague, rejoins ma voiture, courbaturé, heureux, inquiet de mes résultats, mais conscient de ne pas les avoir dérangés. La dure loi de la nature, celle du plus fort, parfois cruelle, a été appliquée sous mes yeux.
©CHARPENTIER JF
mon premier affût chez les blaireaux
S'il est un animal de notre faune locale qui m'est très sympathique, c'est bien le blaireau. Connu de tous car hélas trouvé mort sur le bord des routes. Il est cependant très peu observé. Animal de moeurs nocturnes, il passe ses journée bien évidemment au fond de son terrier. La nuit tombée il part en quête de vers de terre, limaces et batraciens, sa principale nourriture. Nous sommes fin avril, les jeunes ont quelques semaines. Les abords du terrier sont fréquenté, la terre porte la trace des séances de jeux et d'épouillage nocturnes. J'y ai placé à proximité une petite placette pour l'affût. Je sais que seul le vent et la météo peuvent m'aider. Et puis un soir c'est décidé, j'y vais. Il fait encore jour et la longue attente commence. Les merles font leur concert avant de disparaître au fond d'un buisson protecteur. Un rouge gorge, petit curieux, me rends visite. Plus tard la hulotte sort de son arbre creux, hulule, et viens à 3m de loi faire un brin de toilette, un réajustage des plumes, sa"journée" commence. C'est le signal pour tout ce monde des ténèbres, la quête de nourriture. La lune un peu haute, éclaire fébrilement le sous bois. Lors des repérages, j'avais déjà remarqué cette ronce qui descendait dans la gueule du terrier. Elle a été entraîné par le pelage des animaux rentrants. Soudain elle se mets à bouger. C'est le signal, l'imminente sortie d'un locataire. Une tête sombre rayée de blanc apparaît, jette un coup d'oeil rapide alentours, et sort. Suit un autre animal, un troisième apparaît à une autre gueule plus en arrière. Les trois ombres se retrouvent sur le dôme de terre bien tassée. Tandis qu'un blaireautin s'épouille, les deux autres jouent, se mordent, combattent. Je tente un déclenchement: pas de réaction. Une tête plus imposante, plus forte sort à son tour: la blairelle sans aucun doute au vu de ses tétines. Un jeune qui passe près d'elle est attrapé par les dents et tiré dans le terrier protecteur. Elle a du flairer un danger, j'ai pourtant le vent pour moi, mais en sous bois!!! Alors qu'elle attrapait un second pour le mettre à l'abri, le premier ressort par une autre gueule en arrière. Ah ces gosses!!! Scène cocasse, attendrissante qui rappelle que tous les jeunes de quelque espèce qui soit, sont inconscients des dangers et désobéissants. Ils sont de nouveau à l'extérieur, je tente un autre déclenchement: ça passe. Tandis qu'un renifle le sol longuement, les deux autres jouent, se mordillent, luttent, font un semblant d'accouplement, se roulent dans la feuille sèche. Toute une vie nocturne. Pour une première, c'était un beau spectacle. J'ai déclenché une demi douzaine de fois, sans causer de dérangement. Ne sachant quoi faire car la mère était au terrier et m'ayant certainement repéré, je décide de me retirer. Je "plie mes gaules" en silence et reprends le petit sentier du retour. J'en ai mis du temps dans l'obscurité à faire 50m pour retrouver l'allée du retour. Une semaine plus tard, j'ai eu droit aux mêmes scènes, mieux, j'ai vu la mère partir en chasse. Un blaireautin, plus dégourdit, l'a suivie une dizaine de mètres avant de revenir vers ses frères ou soeurs, jouer. Ce soir là je fis un rouleau de 36 poses sans les inquiéter. Je les ai quittés tard dans la nuit, quand ils sont rentrés au fond du terrier, prendre un repos bien mérité.
©CHARPENTIER JF
